Il n'est pas dans mes habitudes de venir ici raconter mes lectures.

Il faut dire, qu'avec mes enfants et ma formation,

Je ne dévore plus de livres comme avant.

Mais je viens juste de finir cet ouvrage signé Delphine De Vigan:

Rien ne s'oppose à la nuit

Et il m'a tellement bouleversé, que je ne peux pas/ ne veux pas faire l'impasse.

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Dans cet ouvrage, l'auteur retrace la vie de sa mère. 

Elle s'appuit sur ses propres souvenirs, ceux de sa soeur, des membres

de sa famille.

Ce livre raconte ce chemin vers la découverte de celle qu'elle connait finalement très peu: sa mère.

Elle s'immisce dans la mémoire Familiale, 

au coeur des secrets les plus enfouis; mais aussi de joyeux souvenirs.

Ce livre nous submerge car il est sensible et captivant et qu'il

 fait écho aux blessures de chacun.

Il m'a touché, plus que je ne l'aurais imaginé.

Emue au larme, fait rire, j'ai parfois dû interrompre ma lecture

tant les sentiments qu'il faisait resurgir en moi étaient troublants, violents.

Delphine De Vigan n'a pas son pareil pour trouver les mots justes, ceux qui nous touchent.

 

Je vous le conseille donc!

 

Quelques extraits qui m'ont particulièrement marqués:

"Je souriais aussi au dîner qui fut donné en mon honneur, ma seule préoccupation étant de tenir debout, puis assise, de ne pas m'effondrer d'un seul coup dans mon assiette, dans un mouvement de plongeon similaire à celui qui m'avait projetée, à l'âge de douze ans, la tête la première dans une piscine vide. Je me souviens de la dimension physique, voire athlétique, que revêtait cet effort, tenir, oui, même si personne n'était dupe. Il me semblait qu'il valait mieux contenir le chagrin, le ficeler, l'étouffer, le faire taire, jusqu'au moment où enfin je me retrouverais seule, plutôt que me laisser aller à ce qui n'aurait pu être qu'un long hurlement ou, pire encore, un râle, et m'eût sans aucun doute plaquée au sol. Au cours des derniers mois les évènements qui me concernaient s'étaient singulièrement précipités, et la vie, cette fois encore, fixait la barre trop haut. Ainsi, me semblait-il, le temps de la chute, n'y avait-il rien d'autre à faire que bonne figure, ou bien faire face (quitte à faire semblant). 

Et pour cela je sais depuis longtemps qu'il est préférable de se tenir debout que couché, et d'éviter de regarder en bas. "

 

"Je ne sais plus quand est venue l'idée d'écrire sur ma mère, autour d'elle, ou à partir d'elle, je sais combien j'ai refusé cette idée, je l'ai tenue à distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens aux plus récents, histoire de me prouver combien le terrain était miné et le sujet galvaudé, j'ai chassé les phrases qui me venaient au petit matin ou au détour d'un souvenir, autant de débuts de romans sous toutes les formes possibles dont je ne voulais pas entendre le premier mot, j'ai établi la liste des obstacles qui ne manqueraient pas de se présenter à moi et des risques non mesurables que j'encourais à entreprendre un tel chantier. 

Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré : trop casse-gueule en résumé. 

J'ai laissé ma soeur récupérer les lettres, les papiers et les textes écrits par Lucile, en constituer une malle spéciale qu'elle descendrait bientôt dans sa cave. 

Je n'avais ni la place ni la force. 

Et puis j'ai appris à penser à Lucile sans que mon souffle en soit coupé : sa manière de marcher, le haut du corps penché en avant, son sac tenu en bandoulière et plaqué sur la hanche, sa manière de tenir sa cigarette, écrasée entre ses doigts, de foncer tête baissée dans le wagon du métro, le tremblement de ses mains, la précision de son vocabulaire, son rire bref, qui semblait l'étonner elle-même, les variations de sa voix sous l'emprise d'une émotion dont son visage ne portait parfois aucune trace. 

J'ai pensé que je ne devais rien oublier de son humour à froid, fantasmatique, et de sa singulière aptitude à la fantaisie."

"

Je ne sais plus à quel moment j'ai capitulé, peut-être le jour où j'ai compris combien l'écriture, mon écriture, était liée à elle, à ses fictions, ces moments de délire où la vie lui était devenue si lourde qu'il lui avait fallu s'en échapper, où sa douleur n'avait pu s'exprimer que par la fable. 

Alors j'ai demandé à ses frères et soeurs de me parler d'elle, de me raconter. Je les ai enregistrés, eux et d'autres, qui avaient connu Lucile et la famille joyeuse et dévastée qui est la nôtre. J'ai stocké des heures de paroles numériques sur mon ordinateur, des heures chargées de souvenirs, de silences, de larmes et de soupirs, de rires et de confidences. "